La Falaise ou Artémis, celle dont la colère est devenue plus légère avec le temps
Création 10 décembre 2026
Théâtre Jean Vilar Montpellier
Note d’intention Marion Aubert
Je suis entourée de jeunes gens – à commencer par mes enfants. Les ami.es de mes enfants. Les enfants de mes ami.es. Les jeunes gens que je rencontre en ateliers. Les jeunes gens que je ne connais pas mais dont on entend parler. Celles et ceux dont on n’entend jamais parler. Je porte aussi en moi l’ado que j’étais, avec son lot de vertiges, d’appréhensions, de questionnements, de désirs. Au moment d’écrire ces lignes, des milliers de jeunes sont dans les rues, en train de demander à être entendu.es, regardé.es, considéré.es. J’ai écrit la pièce il y a quelques mois déjà, et ne peut m’empêcher de la mettre en lien avec cette jeunesse qui appelle.
Brito, l’ado de la Falaise, appelle, elle aussi. A sa manière. Elle grandit dans ce monde-là, un monde en pleine instabilité.
J’ai écrit pour cette Brito, une Brito d’aujourd’hui, avec sa langue à elle, pleine de mystères.
J’ai écrit pour être au plus près d’elle, sans être trop près, pour être là, tenter de prendre ma part, ma part de responsabilité, d’écoute, à ma mesure, à la mesure de ce que peut, peut-être, la littérature, avec des grands bras invisibles, le cœur gonflé, et les mythes pour colonne vertébrale. J’ai écrit inspirée par d’autres, par toutes les marraines, les profs, les tantines, celles et ceux qui prennent soin, comme ielles peuvent, ielles aussi, avec leurs maigres moyens, de ces jeunes gens, en train de grandir.
J’ai écrit en m’inspirant de différents livres. Le feuilleton d’Artémis, de Murielle Szac, que je lisais à ma fille, avant la nuit. D’Artémis, déesse de tous les dangers de Pierre Ellinger, de la Mort dans les yeux, de Jean-Pierre Vernant. J’ai tété à leurs œuvres, en suivant de toutes les Artémis les traces, du Temple d’Ephèse aux rives de Marseille. J’ai écrit en lisant des articles sur l’augmentation des tentatives de suicide, en particulier chez les jeunes filles. J’ai écrit en trainant sur internet.
J’ai écrit grâce à l’argent public, lors de laboratoires, portés par la Cie, nourrie des échanges avec Capucine, Sylvine et Marion, qui sont, en plus d’être de précieuses collaboratrices, mes amies de trente ans, Artémis, elles aussi, garde-folles au bord du gouffre, riantes, profondes.
J’ai écrit entre les labos, dans mes trous, chez moi, sous le velux, avec la pluie battante, mon mari, et mes enfants.
J’ai écrit dans un camping de Meyrueis, avec Marion dans le bungalow d’à côté, lisant et relisant mes mille versions, aiguë, sans jamais être contrôlante.
J’ai écrit en appelant, avec elles, sur les chemins de Meyrueis, en grimpant vers la Vierge au rocher, au bord de la mer de Sète, où vivent emmêlés les filets de pêcheurs, et partout où je sentais le monde vibrant.
La pièce est pensée comme une constellation. Constellation de mondes, plus ou moins brillants, reliés entre eux par des fils invisibles, ténus et solides. Monde des dieux, monde des ados, monde des parents, monde de la classe, monde des montagnes, mondes réels, mondes rêvés qui ne cessent de se tisser, et de s’influencer les uns les autres, comme la lune impacte les marées.
« Pourquoi nous réveiller encore ? » Disent les dieux / déesses.
Je tente, par l’entremise des dieux / déesses, de créer des passerelles – la mythologie grecque est partout, dans les films, les séries, les publicités, nous sommes nombreux.ses à en avoir, a minima, une vague idée, en France, on l’étudie dès l’école primaire, les dieux / déesses font des connexions entre nos rêves, ce qu’on apprend à l’école, ce qu’on découvre dans la vie.
J’aime ces dieux / déesses parce qu’ielles nous parlent de la condition humaine, de ses dérives, ses outrances, ses aveuglements. J’aime qu’ielles soient empli.e.s de tempêtes, irréductibles, intransigeant.es. J’aime en elleux l’adolescence, destructrice, puissante. Mais aussi dévoué.es, justes, aimant.es. J’aime ce qu’ielles portent en elleux d’excès, d’ambivalence, de mystère. Ces dieux / déesses c’est nous, c’est des adolescent.es, vieux / vieilles adolescent.es, jeunes adolescent.es, irrésolu.e.s, irréductibles, un pied dans le vide, l’autre bien accroché, dans un monde de plus en plus friable, où il est bon d’avoir quelques mains pour se tenir, quelques repères, quelques cadres, pour de la mer, et du ciel, mesurer l’incommensurabilité.
Artémis me plaît en particulier, parce qu’elle est moins conforme aux canons de la féminité, plus queer, c’est une déesse des marges, des bois, des montagnes, on sent vibrer en elle les éléments, indomptable, c’est cette vibration si particulière que je souhaitais faire sonner, couler dans les veines du texte, portée par les chants.
J’avais envie d’une pièce qui parle à différentes générations, celles d’en bas, celles d’en haut, lignées lointaines, maladroites, gênantes, débordées, familles élargies, et sentir, au-delà de tout, avec une puissance qui confère au sacré, entre elles, la présence du lien, amour, in fine, humour aussi, outils, et force, pour ne pas se laisser emporter, et participer, pleinement, au mouvement (à la beauté ?) du monde.
Distribution
Texte de Marion Aubert (à paraître aux Éditions Quartett)
Mise en scène : Marion Guerrero
Scénographie et costumes : Daniel Fayet
Création Lumières et régie générale : Olivier Modol
Assistante mise en scène Apolline Gille-Malézé
Administration : Sylvine Dupré
Avec Maëlle Agbodjan, Capucine Ducastelle, Gaëtan Guérin, Léo Guérin, Sidonie Vilas-Boas.
Musique originale Gaëtan Guérin
Photo © Justine Kurland
Production
Cie Tire pas la Nappe, compagnie conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication DRAC Occitanie
Co-production : Théâtre Molière Sète, scène nationale archipel de Thau, Scènes du Jura Scène nationale, Théâtre Jean Vilar Ville de Montpellier, Scènes Croisées de Lozère, scène conventionnée d’intérêt national, Art et territoire
Coproduction et accueil en résidence “Impulsions” de la Ville de Montpellier
Avec le soutien du Fonds SACD Théâtre
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National, de l’ENSAD de Montpellier et le soutien du Fonds d’Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques DRAC et Région Sud
Aide à la création de la Région Occitanie
Accueil en résidence de création : La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon Centre National des Écritures du Spectacle, Maison des Choeurs de Montpellier, La Passerelle à Jacou, Le Piano-Tiroir à Balaruc-les Bains, Studio Libre Hangar Théâtre-Théâtre des 13 Vents CDN de Montpellier
Construction décor DAC / Décors Accessoires Créations
Calendrier
Résidences d’écriture
– Du 23 au 29 mars 2026 (Scènes croisées de Lozère)
– Du 12 au 19 octobre 2026 (La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon)
Répétitions/Création
– Du 24 au 29 août 2026 (Maison des Choeurs de Montpellier)
– Du 31 août au 4 septembre 2026 (La Passerelle à Jacou)
– Du 20 au 31 octobre 2026 (La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon)
– Du 9 au 13 novembre 2026 (Le Piano Tiroir à Balaruc-les-Bains)
– Du 30 novembre au 4 décembre 2026 Studio libre au Hangar Théâtre / Théâtre des 13 Vents CDN de Montpellier
– Du 7 au 9 décembre 2026 Théâtre Jean Vilar de Montpellier,
MONTPELLIER I Création Théâtre Jean Vilar l du 10 au 11 décembre 2026
Tournée 2027
SCÈNES DU JURA I En itinérance du 26 au 28 janvier 2027
le 26 janvier 2027 à Villette sur arbois
le 27 janvier 2027 à Cousance
le 28 janvier 2027 à Morez
JACOU I La Paserelle, le 26 février 2027
MÈZE I Scène nationale de Sète, le 4 mars 2027
SCÈNES CROISÉES DE LOZÈRE I En itinérance du 9 au 12 mars 2027
le 9 mars 2027 à Meyrueis
le 10 mars 2027 à Vialas
le 12 mars 2027 à Langogne
FESTIVAL MOTS PARLEURS I Aniane
Le 21 mai 2027
« On sent rien
On sent rien à l’adolescence
On sent rien
On sent tout
On sent trop
On voudrait sortir
Sauter
Hors de notre peau »