La Classe vive

Marion Aubert

Disponible pour ce spectacle :

Création : 10 mars 2015 Ma Scène nationale de Montbéliard

Production : Cie Tire pas la Nappe, Ma Scène nationale Pays de Montbéliard, La Comédie de Saint-Etienne, Le Cratère Scène nationale d'Alès. Soutien à la production Le Préau CDR de Vire. Avec le soutien de La Chartreuse CNES et Théâtre de Villeneuve-les-Maguelone.

Mise en scène : Marion Guerrero

Costumes : Remerciement à Marie-Frédérique Fillion

Lumières : Olivier Modol

Création vidéo et sonore : Thibault Lamy

Réalisation documentaire : Flore Taguiev

Visuel : Jeanne Roualet

Collabotation artistique et musicale : Gaëtan Guérin

Avec Marion Aubert, Xavier Bazin, Capucine Ducastelle et Gaëtan Guérin

Aide à la création de la Région Languedoc-Roussillon
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De septembre à décembre 2014, Marion Aubert a conçu pour "La Classe vive" un processus d’écriture impliquant des élèves, en partenariat avec cinq théâtres et huit écoles primaires. L’autrice a d’abord soumis un questionnaire d’imaginaire (sous forme d’un grand cahier à compléter) aux enseignant.e.s et aux enfants. Accompagnée d’artistes, elle a mené ensuite des ateliers de jeu théâtral, constituant une matière nourrissant son travail d’écriture. Des correspondances (par courrier ou Skype) entre écoles jumelées sont venues compléter ces échanges. La pièce résonne de tous les mots, impressions, sons, objets, images ainsi récoltés. Les enfants ont suivi l’évolution de l’écriture sur un blog et ont pu voir comment, à partir de leurs travaux, s’invente une fiction.

Reporrtage pour France Bleu Saint-Etienne Loire à écouter ici

Le projet est né d’échanges avec mon fils - Nestor, 7 ans, l’âge de raison. Me voyant souvent partie, parfois loin, en tournée, parfois enfermée dans le bureau, la tête dans mon ordi, Nestor me dit :
« Quand donc m’écriras-tu un spectacle ? »
« Tu crois que je n’ai que ça à faire ?! » J’ai dit. « Va ranger ta chambre ! » (Je suis une maman redoutable). Lorsque Nestor eut bien rangé sa chambre (et fourré toutes ses cartes Pokémon sous son lit), je lui ai dit :
« Eh bien, mon fils, sur quoi voudrais-tu que j’écrive ? »
« Harry Potter, ou Le Seigneur des anneaux, ou Star Wars. » M’a-t-il aussitôt répondu. Le problème, c’est que ça ne m’intéresse pas tellement.
« Ça ne m’intéresse pas tellement, Nestor. » J’ai dit.
« Quoi ? ça ne t’intéresse pas, la magie ?!!! »
« Tu me parles sur un autre ton là ! »
« Oh mais j’ai rien dit là pff. Tu comprends rien ! » Nestor est parti pleurer dans sa chambre.
« Tu me dis pardon, Nestor ? »
« Pardon ! »
« Tu sais, Nestor, j’ai peur que tu sois déçu par mes histoires. Je veux dire, moi, ce que j’aime, c’est inventer de nouvelles histoires. Et ces histoires là, Harry Potter, Star Wars, elles sont déjà écrites. Il nous faudrait inventer une histoire qui serait un peu comme une histoire jamais inventée. »
« Oui, mais avec de l’action. » Le problème, c’est que je n’aime pas tellement l’action.
« Il y a sans doute des enfants qui n’aiment pas tellement l’action. » Je dis.
« Et qu’est-ce qu’ils aiment, alors ?! »
« Eh bien, je ne sais pas, moi. L’amour, par exemple. Ça ne t’intéresse pas, toi, l’amour ? »
« Bof. (Temps). Ben quoi ?! Chacun son truc ! Et pourquoi est-ce que tu ne pourrais pas écrire un spectacle juste pour moi ? »
« Eh bien, parce que nous allons devenir très pauvres si je n’écris que pour toi, mon chéri. »
« Ah. »
Le lendemain, mon fils me dit : « Qu’est-ce qui t’intéresse, toi ? »
« Eh bien, moi, ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe dans la tête des autres. Par exemple quand on a une pensée d’amour, ou une vilaine pensée, ça m’a toujours intéressé, ça. »
« Tu veux parler de la question du bien et du mal ? »
« Par exemple. »
« Eh bien, c’est justement la question du Seigneur des Anneaux. Tu vois ! Tu comprends rien. » On n’a plus parlé du spectacle. On a jeté des pelures de mandarine dans le feu. On a fait les leçons de conjugaison. A table, je dis à mon mari :
« Qu’est-ce que t’aimais, toi, lorsque tu étais petit ? »
« Le Seigneur des anneaux. »
« Tu vois, même papa, il aime. » Le problème, c’est que je me suis toujours endormie devant Le Seigneur des anneaux.
« La belle au bois dormant, ça ne t’intéresse pas, mon chéri ? »
« Non mais ça m’intéresse plus trop, le spectacle. Et puis, t’es vachement là, en ce moment. On pourrait pas plutôt faire du patin à glaces ? »
« Tu ne peux pas me faire ça ! » J’ai dit. « Ecoute, j’ai une idée. On va le faire avec d’autres enfants. Avec 120 enfants (6 classes de 20 enfants). Avec marraine et tata Marion, nous irons dans les classes, et nous essaierons de savoir ce qu’il se passe dans la tête d’autres enfants.»
« Tu nous feras une leçon ?! »
« Ça sera pas vraiment une leçon. Ça sera plutôt une classe d’imaginaire. On parlera de tout ce dont on a envie de parler. »
« Par exemple la question de l’abolition de la peine de mort ? Parce que je ne comprends pas pourquoi on ne tue pas quelqu’un qui tue les bébés et même ceux en train de naître ! Et pourquoi est-ce que tu ne donnes jamais au pauvre, maman ? Tu vois bien qu’il a faim ! Imagine un peu ! Tu serais à sa place ! Et toi tu passes tu ne lui donnes rien ! » Me dit Nestor la bouche pleine de hot dog en rentrant de la patinoire.
« Eh bien oui, nous parlerons des choses du monde. Des choses extérieures, et des choses intérieures. Les choses extérieures qui nous rentrent dedans. »
« Je comprends rien. Moi, il ne m’intéresse plus trop, ton projet. » Me dit Nestor.
« Eh bien, nous, il nous intéresse. » Je dis.

Avec La Classe Vive, nous avons décidé de tenir un blog, afin que les enfants puissent suivre en direct le processus de création. Ils verront ainsi comment, à partir de leurs travaux, une écriture s’invente, s’élabore. Comment, exactement comme lorsqu’ils travaillent à leurs productions d’écrits, je rature, reviens, efface, reprends, comment l’écriture est une pratique, un art du faire extrêmement vivant. L’acte à la fois extrêmement concret et miraculeux d’écrire une pièce sous leurs yeux, de la voir au jour le jour apparaître, se transformer, se préciser, peut, à mon sens, modifier leur perception de l’écrit, de l’écrit libre, loin de toute contrainte du « bien écrit », valoriser des écrits qui ne le seraient pas forcément dans un cadre purement scolaire, les inviter à prendre conscience de la rigueur nécessaire à la création, mais aussi du plaisir généré par l’acte de créer. J’aimerais que les enfants comprennent, touchent du doigt, les mains dans la pâte, sur les touches, dans l’encrier, combien créer peut nous donner de la force, nous ouvrir de nouveaux espaces, nous agrandir, absolument.
Marion Aubert

Récolter. Des mots, des impressions, des sons, des objets, des images.
Depuis quelques temps, nous récoltons en toutes saisons.
Nous ressentons ce besoin de se frotter aux autres et aux choses.
De glaner. De partager les recherches. De nous laisser surprendre.
Nous avons conçu le projet Rendez-vous, de l'infra-ordinaire à l'extraordinaire de cette manière et quand il s'est agi de faire un projet pour les enfants, nous avons aussi eu envie de le faire avec les enfants.
De partager les imaginaires. Les expériences. Les sensations.
Et qui mieux que les enfants pour nous surprendre? Pour regarder et réfléchir autrement? Pour donner des réponses auxquelles on ne s'attend pas. Auxquelles ils ne s'attendent pas eux-mêmes. Nous travaillerons à cette récolte, à cet échange. Nous réfléchirons avec eux aux mécanismes de l'exclusion et à quelques questions métaphysiques. A quelques questions totalement banales aussi. Au bien et au mal. A la joie.
La création se fera à partir de toute cette matière.
Le texte et le travail au plateau s'écriront avec cette matière.

Quelques éléments scénographiques et pistes de mise en scène
Il est bien entendu compliqué de parler de mise en scène avec un projet comme celui-là, qui cherche la surprise et avance en rejetant toute idée trop arrêtée, trop préconçue. Un projet qui s'écrira donc dans l'instant.
Je peux néanmoins évoquer quelques envies. Quelques intuitions.
Nous partirons, à travers ces témoignages d'enfants, d'une base de réel. De réflexions sur des situations concrètes. Et comme toujours dans notre travail, cette base deviendra le point de départ d'un imaginaire débridé, nourri de cette réalité. L'enfance est le moment où s'inventent les histoires les plus folles. Les enfants ont cette capacité, pour se construire, de transformer le réel. Ils ont, pour ainsi dire, la métaphore innée.
Voilà pourquoi j'ai l'intuition que ce spectacle doit faire naviguer le public entre le réel et les contrées fantasmées de notre fantaisie. De leur fantaisie. Tordre la réalité, autant par ce qui est dit que par ce qu'on donne à voir.
Pour ce faire, je travaillerai sans décor, uniquement avec de la lumière et de la vidéo. La vidéo est un outil qui permet de repousser les limites visuelles, et peut être utilisée comme un activateur de sensations. J'aimerais m'en servir pour amener de la magie sur le plateau. Nous projetterons sur plusieurs écrans, sur des objets, sur les acteurs. La vidéo ne sera pas un décor en aplat, ou un outil de visionnage, mais un partenaire de jeu en plusieurs dimensions. Enfant, j'étais fascinée par les hologrammes dans Star Wars ! J'aimerais, par exemple, arriver à recréer cette sensation magique d'une chose ou d'une personne qui apparaît dans l'espace. Et puis se servir de la vidéo, comme de la lumière, pour créer des ambiances, du mouvement. Pour décoller du plateau.
Le but serait atteint si nous parvenions à conduire les enfants vers une "réflexion sensorielle", c'est-à-dire les faire réfléchir en les faisant rêver.

Quelques questions possibles à poser aux enfants en atelier et pouvant donner lieu à des improvisations
Est-ce que tu as parfois envie qu'on t'oublie ? Est-ce que tu voudrais parfois disparaître dans les autres pour qu'on te laisse tranquille ? Est-ce que tu voudrais parfois te fondre en quelqu'un parce que tu le trouves meilleur que toi ?
Est-ce que tu te sens plus fort quand tu te moques de quelqu'un avec d'autres ?  Qu'est-ce que c'est "devenir adulte" ? Qu'est-ce que c'est "être un enfant" ? Est-ce que les enfants sont des petits adultes ou les adultes des grands enfants ? Est-ce que les adultes et les enfants n'ont rien à voir ? C'est quoi "le quotidien" ?
Qu'est-ce qui te fait rêver ?

L'écriture du projet a fait l'objet d'une bourse d'aide à l'écriture de la Région Languedoc-Roussillon
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