La Nouvelle

Marion Aubert

Disponible pour ce spectacle :

Création : 17 novembre 2014

Production : Cie Tire pas la Nappe / Théâtre de Clermont l'Hérault dans le cadre de Collèges en tournée, une initiative du Département de l'Hérault

Mise en scène : Marion Guerrero

Assistanat à la mise en scène : Marion Aubert

Visuel : Jeanne Roualet

Avec Capucine Ducastelle

De quoi parle La Nouvelle?

Mathilde K déboule dans une salle de classe. Elle vient -dit-elle- de Franche-Comté. La Franche-Comté, ici, résonne non pas comme la Pologne de Jarry (« En Pologne, c’est à dire nulle part ») mais comme l’ailleurs, l’étranger. Mathilde est une étrangère, « la nouvelle », celle qui n’arrive pas au même moment que les autres, qui ne vient pas du même endroit que les autres. En plus, elle n’a pas du tout l’apparence d’une collégienne, mais davantage (ici, par exemple, lorsqu’elle est interprétée par l’actrice Capucine Ducastelle) d’une femme d’une quarantaine d’années. Or, Mathilde parle « comme si » elle était elle aussi une adolescente. Ce personnage de fiction, inventé de toutes pièces, surgit dans une situation bien réelle: une classe de cinquième en plein cours. Mathilde, collégienne « monstre », « disproportionnée » (mais n’est-ce pas le propre de l’adolescence? ») essaie par tous les moyens, désespérément, de se faire accepter, de s’intégrer dans la classe, tantôt en tentant de se fondre aux élèves, d’adopter leurs codes, leurs usages, leurs « sujets », tantôt en essayant de capter l’attention, « de faire son intéressante ».
Ce faisant, la pièce parle d’obsessions, me semble-t-il, propres à l’adolescence (les premiers émois, les premiers conflits avec les parents, le besoin tantôt d’identification, tantôt de démarcation avec les autres adolescents) mais aussi des stratégies mises en oeuvre pour « s’adapter », « en être ». Elle parle des personnages, des fictions que l’on élabore pour trouver une place coûte que coûte dans un groupe, quitte à mentir, raconter n’importe quoi, se tromper sur soi-même, disparaître.

Marion Aubert.

Mathilde est une drôle de collégienne. Elle a une trentaine d’années, mais elle seule semble ne pas le savoir. Elle surgit un jour dans une salle de classe, en retard. Elle veut vite se faire accepter, devenir amie avec les autres, ses nouveaux camarades. Pour ce faire, elle raconte tout d’elle. Ses amis, sa famille, ses obsessions : l’amour, le sexe, la mort. J’ai tenté, en écrivant La Nouvelle, de remettre au présent les angoisses, les désirs, la bêtise conjuguée au génie, propres à l’adolescence.
Tenter de faire ressurgir ce moment-là affolé de nos existences, où l’on tente de se construire avec les copains (et parfois contre les parents) : les premiers amours - ceux qu’on vit, ceux qu’on fabule, les fictions qu’on élabore, les histoires de cœur et de drame que l’on s’invente pour exister au regard des autres.
La Nouvelle peut donc se lire comme l’histoire d’une adolescence retrouvée, par la grâce du théâtre, quelque part entre les adolescences tragiques du passé –Mathilde est hantée par la figure d’Anne Franck– et les adolescents d’aujourd’hui, bien vivants, assis dans la salle de classe, surpris en plein cours, en pleine vie, arrachés au réel, le temps d’une leçon de maths, par cette Mathilde intempestive. Gageons que quelques-uns d’entre eux seront saisis, et hantés durablement, par cette étrange visite.

Marion Aubert

Ma passion pour le théâtre est née au collège.
La pièce de théâtre que j'y ai vue à l'époque, a été déterminante pour toute ma vie.
Qui l'aurait cru ? Comment savoir qu'une sortie scolaire change à tout jamais le regard et les désirs d'une seule élève ?

C'est parfois des rencontres inattendues comme celle-là qui bouleversent une vie entière.
Je gage que cette Mathilde qui apparaît tout à coup dans la salle de classe avec tout son barda, peut changer la vie de quelques-uns. Ou la modifier légèrement. Parce qu'ils auront vécu quelque chose de vraiment pas ordinaire. Quelqu'un les aura secoués un peu.
Une tornade. On ne reste pas totalement indemne après le passage d'une tornade.
On ne peut pas s'assoupir dans le noir dans un fauteuil moelleux. Se laisser bercer par les vers de Racine en envoyant des sms.

Mathilde leur parle, les interpelle, les prend à parti. Elle leur parle d'eux. Elle parle d'elle. Elle fait une boum. Elle met la classe sens dessus dessous.
Avec son écriture acérée et lumineuse, Marion Aubert donne corps à un personnage comme elle sait les croquer : boulimique, maladroite, directe, fragile et drôle.
Je prédis un feu d'artifice dans la classe !
Après ça, si quelques-uns ne sont pas touchés...

Marion Guerrero