Rendez-vous, de l'infra-ordinaire à l'extraordinaire. Roman 42

Marion Aubert

Disponible pour ce spectacle :

Création : du 19 au 21 mars 2014

Production : Cie Tire pas la Nappe, La Comédie de Saint-Etienne CDN, aide à la création de la Région Languedoc-Roussillon

Mise en scène : Marion Guerrero

Lumières : Thomas Ganz

Son : Norbert Pontier

Photos : Jean-Louis Fernandez

Attachées de presse : Agence Plan Bey

Chargée de production : Sylvine Dupré

Avec Marion Aubert, Adama Diop, Capucine Ducastelle, Marion Guerrero et Stéphane Piveteau.
Et la particpation de Flavie Bancel, Marie Boyer, Jacques-Joël Delgado, Clarisse Ferreira, Anne-Marie Galabourda, Cécile Jouannard, Iness Remaki,Clarisse Tapsoba, Hugo Titem-Delaveau et Laurine Villard.

L’aventure a débuté au matin du 24 février. Arnaud Meunier, directeur de la Comédie, a choisi d’axer le projet autour du poème de Rimbaud Roman (On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans…). Puis, il nous a donné divers rendez-vous dans la ville de Saint-Etienne.

Le texte, intitulé désormais Roman 42, a été écrit entre le 24 et le 28 février.
Vous pouvez d’ores et déjà consulter quelques photos sur notre page facebook Tire pas la Nappe.

Ensuite, nous avons eu dix jours de répétitions, en compagnie d’Adama Diop et Stéphane Piveteau, acteurs professionnels et de 10 participants stéphanois.

Prologue.

20 février, 18h30.

Coup de fil anxieux de mon maître.
Wikipédia: Maître (Jeux sexuels): Celui qui prend le rôle de soumettre un partenaire, qui, lui, accepte d’être soumis.
Arnaud. Est-ce que ça t’intéresse, les jeunes ? J’ai pensé à toi, et je me suis dit que ça pouvait t’intéresser, les jeunes !
Marion A. Les jeunes ? T’as dit les jeunes ?
Le matin, lorsque j’amène mes enfants à l’école, il y a tout un tas de jeunes sur le trottoir. Ils occupent tout l’espace avec leurs sacs, leurs scooters, leurs clopes au bout des doigts. LEURS CLOPES QUI PENDENT AU NIVEAU DU VISAGE DE MES ENFANTS. Déjà, ma fille porte une trace de brûlure sur la paupière. Je dis pardon d’une voix minuscule. Je dis faites gaffe putain. Ils se poussent mollement. Je les bourre avec la poussette.
Arnaud. Non mais pas n’importe quels jeunes ! Parce que c’est vrai ! C’est large, les jeunes. C’est vrai. T’as raison. Attends. J’te rappelle. J’ai un double appel. Allo Marion ? J’ai pensé à un truc pour tes rendez-vous ! Les jeunes mais plutôt défavorisés !
Marion A. Les jeunes mais plutôt défavorisés ?!
Arnaud. Oui ! Tu sais ! J’ai pensé toi+des BEP, ou des jeunes issus de la mixité sociale de nos quartiers.
Marion A. Moi+des BEP ou des jeunes issus de la mixité sociale de nos quartiers ?!
Arnaud. Non. Oui. Enfin. Je veux dire. Pas des jeunes blancs oisifs, hétérosexuels et favorisés d’un lycée de centre ville. Tu vois ce que je veux dire ?
Marion A. Ah oui. Non. Bien sûr.
Temps.
Marion A. Tu veux dire genre des apprentis mécaniciens ?!
Arnaud. Oui. Exactement ! Voilà ! C’est ça que je veux dire, Marion ! Ça pourrait t’intéresser ?
Marion A. Oui. Je t’aime, Arnaud.
Arnaud. Moi aussi. Je t’aime, Marion. Super. Attends. Double appel. Et des apprentis bouchers ? Ça t’intéresse ?
Marion A
. Oui, Arnaud. Fais-moi rencontrer des apprentis bouchers dans les bas-fonds de Saint-Etienne !
De tous mes maîtres, Arnaud est le maître le plus ancien. Cela ne va pas toujours sans crispation. On voudrait toujours s’aimer, mais on se stresse.
Arnaud. Allo Marion ? Ça va aller, avec des jeunes mécaniciens ? Ah ! En plus, vous êtes quatre ?! Elles te suivent, les autres ?!!
Marion A. Ben oui, tu sais, le projet, c’est avec Capucine, Sylvine et Marion. Marion prend des photos. Capucine prend du son.
Arnaud. Des photos ?! Vous allez prendre des photos de jeunes ?! Mais c’est complètement interdit ! Il faut des autorisations putain ! Tu m’avais pas dit que tu voulais photographier des jeunes mécaniciens ! Bon. Attends. J’te rappelle. J’ai un double appel. Triple appel. J’te rappelle. Même Sylvine ?! Mais elle sert à quoi ?!! Et tu vas y aller avec ta toque dans les quartiers des jeunes dealers stéphanois ? Tu vas y aller telle quelle ? T’es sûre ? Telles que vous êtes ? Attends. J’te rappelle. Allo Marion ?
Marion A. Là c’est pas top je donne le bain.
Nestor. Maman, Héliette, elle n’arrête pas de me toucher le zizi.
Marion A. Non. Tu ne touches pas le zizi de ton frère. Arnaud. Attends. Oui. Non, mais parfait les jeunes, Arnaud. C’est à toi. C’est ton zizi. Personne ne te le touche.
Nestor. Oui mais c’est doux.
Marion A. Mais j’ai dit non.
Arnaud. Tu savais que les jeunes pratiquaient l’éjaculation faciale ?!
Marion A. Non ! J’ai dit non, Nestor ! C’est un interdit fondamental, Nestor, l’inceste, allo Arnaud ? oui hum hum ta sœur a déjà la paupière brûlée par des jeunes !
Arnaud. Donc j’ai pensé toutes sortes de jeunes plus un poème !
Marion A. Toutes sortes de jeunes plus un poème ?!!!
Arnaud. Oui ! Tu sais ! On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Rimbaud.

Temps.

Lis le poème, Marion. Calme-toi. Ça va aller. Ça va te protéger, le poème, Marion. C’est comme un talisman, un poème. Tu peux aller partout, avec un poème qui te protège. Tu peux rencontrer des jeunes avec aucune perspective d’avenir sans problème, lorsque tu as un poème.

Où il est putain mon recueil de Rimbaud ? Tiens. J’ai coché des pages !

Au bois, il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.