Chroniques de Lattes - Lecture

Marion Aubert

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Création : Théâtre Jacques Coeur à Lattes

Production : Cie Tire pas la Nappe / Théâtre Jacques Coeur

Mise en scène : Marion Guerrero

Photo : © Jean-Louis Fernandez

Musiciens : Gaëtan Guérin

Avec Marion Aubert, Capucine Ducastelle et Gaëtan Guérin

Une discussion d’hiver.

Quand était-ce ? J’ai souvenir d’une discussion d’hiver. Je donnais alors des ateliers à des collégiens de Lattes. Parfois, un homme –une femme (plus rarement à mon époque) vient dans ton collège. Il vient te parler de son métier. C’est un comédien. Un architecte. Un pâtissier. Il te dit voici comme je travaille : J’écris. Je soigne. Je pétris. Ces hommes (on espère bientôt ces femmes) ouvrent ainsi de nouveaux paysages. On se dit tiens. Peut-être un livre peut-il changer ma vie ? On a parfois de ces révélations à l’adolescence. Avec toute la vie devant soi. Aujourd’hui, je vais donc parfois dans les collèges. Je me dois –me dis-je– d’ouvrir des paysages. Peut-être ces jeunes gens rentreront-ils chez eux avec le désir de découvrir plus de paysages encore ? Le désir d’aller vers des paysages auxquels ils ne songeaient même pas ? Tel était mon souci lorsque j’allais donner des ateliers au collège de Lattes. J’y allais quand même en ronchonnant –parce que la vie fait parfois de vous de vieilles biques. J’avais trente minutes de vélo plus une bonne demi-heure de bus pour parvenir jusqu’à Lattes –deux heures de trajet donc pour parfois transmettre des paysages en trois quarts d’heure de temps, avec des collégiens pas toujours mobilisés mais bon. J’y allais. J’y allais. Je rentrais bien souvent vite chez moi –tout ce trajet ! Je ne vais pas non plus traîner à Lattes non mais quoi !
Mais voilà. Comme cela s’est-il passé ? Je ne sais plus exactement. Un jour, la directrice du théâtre m’a retenue. Nous sommes allées déjeuner ensemble. Cela a pris du temps. Le temps qu’il fallait. Nous ne prenons jamais le temps Marion. Je me suis dit c’est vrai. Nous avons traîné. J’ai passé l’après-midi à Lattes. Et depuis, ça traîne toujours. Notre rencontre avec Frédérique. C’est comme si nous n’en avions pas tout à fait fini de boire notre café. Ce jour-là, ce jour d’hiver, nous avons su me semble-t-il, que nous avions sans doute des choses à faire ensemble. Mais quoi ?!! Le temps a passé. J’ai dit à Frédérique tu sais, ce métier est un drôle de métier. Il arrive que les artistes –a fortiori des écrivains –soient très coupés les uns des autres. Nous vivons parfois dans une même région, sommes programmés dans les mêmes théâtres, parfois, nous assistons aux spectacles les uns des autres, mais finalement, nous nous côtoyons très peu. Je dis ça sans tristesse. C’est un constat. Mais je pense que nous gagnerions sans doute à s’attarder davantage. J’ai dû dire ça. Je ne sais plus. J’ai aussi manifesté à Frédérique mon envie d’écrire autre chose que du théâtre. Ecrire une pièce de théâtre peut prendre beaucoup de temps. J’aime assez que cela me prenne du temps. M’immerger. Disparaître complètement dans une pièce de théâtre. Etre engloutie par mes recherches. Mais j’aime aussi écrire plus rapidement. Entre 14 et 16 heures lorsque les enfants sont à l’école. Entre deux répétitions. Deux voyages. J’ai dû dire ça. Je ne sais plus. En tous les cas, un jour –et dans quelle tête était-ce ? la tête de Frédérique, ma commanditaire ? la mienne ? est née l’idée de Chroniques du Théâtre. Très vite, Frédérique m’a proposé de rencontrer un certain nombre de personnalités liées au Théâtre de Lattes (et de Lattes précisément, nous avions l’une comme l’autre envie d’écrire pour cette ville, ce théâtre, ses habitants). Cela m’a réjouie. Heureuse de rencontrer des artistes, techniciens, spectateurs que je ne connaissais pas. Très vite, nous avons imaginé un protocole de rendez-vous : je viendrai pendant deux, trois heures à la rencontre avec mon ordinateur, Claudine apportera petits pains et croissants, c’était le deal. Très vite, je m’en souviens, j’ai aussi mis en garde Frédérique. Tu sais, je ne vais pas faire des portraits hagiographiques. Des portraits à la gloire du Théâtre de Lattes. Des artistes. Des techniciens. Des habitants. D’ailleurs, ces portraits ne seront pas même des portraits. Comment prétendre brosser le portrait de qui que ce soit en trois heures de temps ? Ce seront davantage des autoportraits va savoir (j’ai passé tant d’heures en ma compagnie. Il n’est pas aisé de se débarrasser de soi-même). En tous les cas, je ne présageai absolument pas de ce que ça allait être. Ces chroniques. J’avais surtout envie d’être très à l’écoute. De susciter la rencontre. Au bout du compte, peut-être ces portraits sont-ils davantage des portraits de rencontres que d’un tel ou d’une telle (y compris ma pomme). Ça me plairait assez en tous les cas. Que les Chroniques du Théâtre de Lattes soient des Chroniques sur la rencontre. C’est un projet, ça. Faire d’un théâtre un lieu de rencontres. Maintenant, les Chroniques sont là. J’ai gardé les noms des personnes que j’ai rencontrées. N’y cherchez pas la véritable famille Mesguich. Ce n’est sans doute pas celle que vous rencontrerez ici. Ni Aurélie Namur. Ni Frédérique Muzzolini. Peut-être devrais-je changer les noms ? Les lieux ? Tout fictionnaliser ? Mais ça ne serait plus tout à fait le même projet n’est-ce pas ?  Je me contente de cette mise en garde. Je pars d’un principe de bonne intelligence. De tous. Des rencontrés. Des rencontrants. On passe comme ça un contrat de bonne intelligence : Voilà comme j’ai bien voulu regarder (déformer, saisir, brusquer, extravaguer autour de) mes pairs –c’est ainsi que j’ai tâché de les regarder. Sans complaisance. J’espère que nul ne s’y trompera. Je remercie ici Frédérique Muzzolini de son implication, de la force de ses désirs, de sa patience. Je la remercie d’être une femme de théâtre comme j’aimerais l’être si souvent.

Montpellier (entre 14 et 15 heures) le 6 mars 2013.