Saga des habitants du Val de Moldavie

de Marion Aubert

Création : du 1er au 3 mars 2012 à La Comédie de Saint-Etienne

Production : Cie Tire pas la Nappe, Comédie de Saint-Etienne, Théâtre de l’Archipel Perpignan, Théâtre des 13 Vents CDN Montpellier.Aide à la création de la SPEDIDAM. Avec le soutien de l'ENSAD de Montpellier et la Commune de Lattes

Mise en scène : Marion Guerrero

Assistanat à la mise en scène : Virginie Barreteau

Scénographie : Nicolas Hénault

Costumes : Marie-Frédérique Fillion

Lumières : Olivier Modol

Son : Antonin Clair

Régie plateau : Nicolas Hénault

Effets magiques : Benoît Dattez

Photos : Jean-Louis Fernandez

Attachée de presse : Agence Plan Bey / Dorothée Duplan & Aurélie Baguet

Musiciens : Gaëtan Guérin

Avec Marion Aubert, Adama Diop, Capucine Ducastelle, Philippe Fretun, Philippe Le Gall, Sabine Moindrot, Johanna Nizard et Gilles Ostrowsky.

La Moldavie, c’est bien connu, est un pays peuplé de vampires, de goules, de fantômes et parfois même de gens tout à fait normaux.
Alors, munie d’une guirlande d’aïl et de boules de genièvre, je suis partie enquêter sur la vie de tous ces habitants.
Je suis rentrée bien vivante de mon périple.
Cette Saga (de l’allemand, Dit, Conte, Récit historique ou mythologique), est le fruit de mes recherches.
Il y a bien longtemps, les habitants du val de Moldavie ont été terrassés par une horde de vampires et de fantômes. Alors ils ont fui. Ils ont traversé les époques. Ils ont traversé les pays. Et puis ils se sont échoués à Limoges.
Alors assoyez-vous bonnes gens. Ecoutez leur épouvantable histoire. Et surtout, n'ayez pas trop peur dans le noir mais ne vous endormez pas non plus.

Les photos du spectacles par Jean-Louis Fernandez sont disponibles sur le lien suivant:

sagamoldavie

Pourquoi ce titre (la Moldavie existe) ?

En 2003, la Comédie de Valence a passé commande de quatre textes à quatre auteures femmes : Marie N’Daye, Pauline Sales, Annie Zadek et moi autour du thème des fantômes. Les textes ont été mis en scène par quatre metteurs en scène hommes et interprétés par les acteurs de la Comédie de Valence à l’occasion du Festival Temps de Paroles en 2004. Lorsque j’ai commencé à travailler sur le thème des fantômes, très vite, d’autres créatures sont venues me hanter. Saintes, vierges en élévations, goules et vampires de toutes sortes. Or, la Moldavie est considérée comme l’antre des vampires. Il s’agit, dans ma pièce, non pas d’une Moldavie réelle, mais d’une Moldavie fantasmagorique, quelque part loin de chez nous, là où les tombeaux grincent, là où le zmeu se transforme en flammes pour entrer dans la chambre d’une jeune fille ou d’une veuve. Lorsque j’ai écrit cette pièce, j’étais en résidence à Limoges. Une ville absolument épouvantable. J’étais seule avec une commande et des fantômes sur les bras. J’ai alors décidé de situer ma pièce quelque part entre une Limoges désenchantée et une Moldavie irréelle. Le mot saga, quant à lui, vient du verbe islandais segja, « conter », « raconter ». Voilà pourquoi j’ai intitulé ma pièce Saga des habitants du val de Moldavie.

Pourquoi ce choix de personnages, ont ils une histoire ?

Je devais aussi, contraintes de la commande, écrire pour la troupe de la Comédie de Valence, quatre acteurs et quatre actrices. J’ai donc inventé une petite troupe de personnages-acteurs (les acteurs de la Comédie de Limoges). Ces personnages n’ont pas d’histoire à proprement parler. Ou, du moins, plutôt que de suivre la trajectoire, l’histoire de ces personnages, ce sont eux qui nous racontent des histoires. Ils ont d’autant moins d’histoire que Philippe Delaigue, le metteur en scène créateur de la pièce, m’avait demandé de lui fournir un texte matériau (du fragment davantage qu’une pièce construite). Il avait ensuite agencé les textes à sa guise (et c’était très réussi !) Ces personnages ont chacun leur particularité. Marthe et Roland, par exemple, forment le couple d’amoureux. Madeleine est la figure de la maternité. Quant à Bernadette, comme son nom l’indique, c’est elle qui a le plus de visions dans le spectacle, le plus de fantasmes. Thérèse et Théodore, eux, sont les faiseurs d’histoires, des narrateurs en quelque sorte. Rodolphe, lui, est le fauteur de troubles. Eustache, enfin, est le meneur de troupe.

 Pourquoi ces prénoms ?

Les prénoms viennent tantôt de la lecture de la Bible (Eustache, Thérèse, Théodore, Marthe, Madeleine et Bernadette par exemple, tantôt de la lecture de poèmes épiques -La chanson de geste de Roland par exemple. Le prénom Rodolphe a été formé à partir de deux substantifs germaniques, hrod, la gloire, et wolf, le loup). J’aime donner à mes pauvres héros des prénoms légendaires.

Le théâtre a t-il son importance pour vous ?

Le théâtre, a, bien sûr beaucoup d’importance pour moi dans cette pièce. C’est presque un personnage à part entière, au même titre que la ville de Limoges. Machinerie, loges, rideaux, fauteuils de spectateurs, cintres à vue participent de ce théâtre d’horreur.

Propos recueillis par Nathalie Testut Houpert, actrice amateure, avril 2010.

Qui sont donc les habitants de cette saga?
Sont-ce des acteurs jouant des fantômes jouant des acteurs?
Ou des fantômes perdus dans un théâtre et rejouant leur vie?
Sont-ils des acteurs devenus des fantômes perdus dans un théâtre et rejouant leur vie?
Et à quoi ressemblent-ils, sur la scène du théâtre? A quoi ressemblent des acteurs-fantômes? Ou des fantômes-acteurs? Sans doute sont-ils extravagants. Ils portent des vieux costumes trop lourds et des maquillages imposants. Peut-être que leur visage est plein de paillettes. Ils sont effrayants, ils veulent prendre le pouvoir. Ils veulent nous faire basculer dans l'autre monde. Et puis peut-être que parfois la magie s'écroule complètement et qu'ils portent des vieux joggings avec leur maquillage. Qu'ils fument des clopes en y croyant à moitié. A tout ça. A la vie. A la mort. Au théâtre. Et ils chantent des chansons tristes parce qu'il y a un musicien sur le plateau. Mais ils sont tellement cabots que tout à coup ils s'enroulent dans un rideau et deviennent les maîtres des ténèbres. « Il est venu le temps du théatre d'horreur! » comme dit l'auteure.
Je voudrais que le public ait l'impression d'entrer dans un théâtre hanté. Tout pourrait arriver dans ce théâtre.
Pour la scénographie, nous nous sommes inspirés de photographies de théâtres en ruine extraites de The ruins of Detroit  des photographes Romain Meffre et Yves Marchand.
Ces endroits détruits et à l’abandon dégagent une grande poésie, étrangement.
Nous voulons faire en sorte que le lieu théâtre soit le cœur de ce décor.
Un théâtre habité, hanté par cette troupe de fantômes qui refusent de se taire et de mourir comme tout le monde.

EXTRAITS D’INTERVIEW, MARION AUBERT & MARION GUERRERO
Journal de La Comédie de Saint-Etienne

Elles s’appellent toute les deux Marion, l’une est auteure, l’autre metteuse en scène.
À la sortie du Conservatoire de Montpellier, elles ont fondé, avec la comédienne Capucine Ducastelle, la Compagnie  « Tire pas la nappe ». Dédiée à la promotion des écritures contemporaines et plus particulièrement à celle de Marion Aubert – auteure d’une vingtaine de pièces, la plupart éditées chez Actes-Sud Papiers – la Compagnie est associée cette année à La Comédie de Saint-Étienne.
Marion Aubert et Marion Guerrero répondent à nos questions sur leur prochaine création, une pièce surprenante et déjantée au titre énigmatique : Saga des habitants du Val de Moldavie.

Qui sont au juste les personnages de cette Saga ? 
Marion Aubert : (…) Les personnages sont « les acteurs de la Comédie de Limoges ». Ou, plutôt, des fantômes d’acteurs d’une Comédie de Limoges fantomatique, fantastique elle aussi. Ils reviennent hanter le théâtre avec leurs histoires, des histoires de fantômes et de théâtre…

Et la Moldavie dans tout ça ?
Marion Aubert : La Moldavie, c’est un peu comme la Pologne d’Ubu roi – c’est à dire Nulle Part. En même temps, la Moldavie est aussi la terre des spectres, des goules, des nuits froides et des vampires.

À la lecture de Saga, on pense beaucoup au Théâtre Grand Guignol où l'on venait s'encanailler et frémir de plaisir au début du siècle dernier...
Marion Aubert : Sans doute. En tous les cas, lorsque j’ai reçu la commande, les premières images qui me sont apparues sont celles de fantômes de pacotille, d’assassins de gare, de ruelles sombres. Un imaginaire nourri de séries B et de bricole.
Marion Guerrero : En effet, je n’ai pu éviter cet imaginaire du Grand Guignol.
Quelque chose m’a toujours plu là-dedans, sans doute à cause de la démesure, de l’humour, du ludisme. J’aime bien l’idée de jouer à se faire peur. Ce qui me plaît dans le concept du Grand Guignol, c’est que l’excès pousse au rire. […]

Sans trop dévoiler les choses, peux tu nous dire quelques mots de la scénographie du spectacle ?
Marion Guerrero : Sans trop dévoiler les choses, c’est difficile ! Ce que je peux dire, c’est que je suis partie du théâtre, je veux dire de l’endroit (la salle, la scène, les coulisses…) pour imaginer une scénographie. Ces personnages, ces fantômes « habitent » le théâtre et sont au présent de la représentation. Avec Nicolas Hénault, le scénographe, nous avons imaginé jouer avec les spécificités de chaque plateau et faire évoluer la scénographie dans chaque lieu. (…) Nous aimerions aussi transformer la salle en  « théâtre hanté ». Qu’une atmosphère de train fantôme se dégage dès que le spectateur pousse la porte du théâtre. Il faudrait qu’on ait l’impression que ces fantômes-acteurs (ou acteurs-fantômes) ont investi les lieux depuis des siècles. Il y aura aussi des jeux de miroir, de l’illusion d’optique, de la magie. Mais c’est un secret.

Comment s'y prend-on pour représenter et jouer aujourd'hui du "Théâtre d'horreur" ?
Marion Guerrero : Je gage qu’on y parvient avec des acteurs fous (j’ai ce qu’il faut), un imaginaire débridé et beaucoup de travail ! Ce qui est sûr c’est que j’aimerais bien faire sursauter les gens deux ou trois fois sur leur siège. Cette notion de « Théâtre d’horreur » est un peu une facétie.  Il ne s’agit pas vraiment de le « représenter » mais plutôt de jouer avec ce qu’il pourrait être. Avec ce qu’il nous évoque. Avec les clichés que ça peut trimballer. Qui sait ce qu’est le « Théâtre d’horreur » ? C’est une pure invention aubertienne !

Le lieu "théâtre" semble  lui-même  jouer un rôle fondamental dans la pièce... ?
Marion Aubert : J’ai écrit la pièce en 2003, juste après l’annulation du festival officiel d’Avignon (NDLR en raison de la grève des intermittents). J’avais besoin, je crois, de parler des acteurs. « Nous sommes là. Nous ne mourrons pas » disent en substance les acteurs de cette pièce. Ils sont parfois dérisoires, pathétiques, d’autres fois splendides, mais en tous les cas, eux aussi, ils veulent absolument être là. Ils ne veulent surtout pas qu’on les oublie. Oui. Le théâtre, c’est juste, joue un rôle fondamental dans la pièce. C’est le lieu de tous les possibles. Le lieu par excellence du jeu et de l’imaginaire. Dans un théâtre on peut mourir et puis ressusciter à l’instant. On peut être partout dans le monde à la fois, et en même temps, à Limoges, à Saint-Étienne, et puis en Moldavie. Le théâtre reste un espace magique, surnaturel, où l’on peut encore faire d’étranges rencontres.