Parfois, lorsque les garçons arrivent, le temps s'arrête

de Marion Aubert

Disponible pour ce spectacle :

Création : le 30 septembre 2009 Le Préau CDR de Vire

Production : Cie Tire pas la Nappe - Le Préau CDR de Vire

Mise en scène : Marion Guerrero

Musiciens : Christophe Bunel

Avec Marion Aubert, Capucine Ducastelle et Marion Guerrero

Version adulte, poétique et brutale de Les Orphelines

Il y avait une fois, dans un pays très lointain, une famille très pauvre. La famille était très pauvre. Elle vivait dans la misère la plus noire. Les enfants étaient maigres. Ils faisaient l’aumône tout le temps. Cette famille-là était vraiment pauvre et désespérée. Elle avait des trous à la place des dents. Ils mangeaient de la soupe à l’eau ou de la soupe de cailloux pour survivre. Et dans cette masure de ce pays pauvre naquit un jour une petite fille. La mère pleura beaucoup, beaucoup, puis, elle la tua. Dans cette chaumière misérable de l’autre bout du monde. Car dans ce pays lointain, les mères tuaient toujours les petites filles. Au manoir de Violaine, vivent les petites filles perdues. Les petites filles qui ont un chagrin. Violaine recueille toutes les petites filles dont personne ne veut. Et si toi, un jour, tu en as marre de toi-même, tu peux aller te reposer là-bas, dans les bras de Violaine. Tu peux jouer infiniment là-bas. Tu peux, dans le jardin prodigieux de Violaine, faire de grandes parties de croquets. Tu peux jouer toute la nuit, dans le jardin de Violaine. Jusqu’à ce que les jeux t’épuisent. (Et le lendemain, tu peux même avoir piscine, si tu veux, ça ne s’arrête jamais, les jeux, chez Violaine.) Alors, tu peux dormir dans un lit blanc. Il n’y a pas de règles, chez Violaine. Tu peux aller dans le lac de silence et te laisser mourir. Tu peux jeter des petites pierres dans le lac des oublis. Et dans la salle des violences, si tu veux, tu peux battre une fille. Tu peux lui arracher la tête. Lui crever les yeux. Bien sûr, c’est une fausse fille. C’est une fille en plastoc. D’ailleurs, le manoir de Violaine est en plastoc, lui aussi. Tout est en plastoc, dans ce pays.

Tout commence par une commande faite à Marion Aubert par Pauline Sales et Vincent Garanger (Le Préau, CDR de Vire) et dont le thème imposé est « la disparition des filles ».
Marion doit écrire une pièce jeune public pour acteurs et marionnettes, que Johanny Bert mettra en scène.
Ce sera Les orphelines.
Mais Marion Aubert déborde de mots et d'histoires et n'a pu se borner à écrire une version pour enfants.
Elle a ainsi écrit deux pièces.
Les Orphelines donc et Parfois lorsque les garçons arrivent, le temps s'arrête, sorte de version de chutes noires et trop âpres du texte.
Une version pour adultes en somme. 
N'ayant aucune intention de laisser cette dernière tomber dans l'oubli dans un tiroir, nous avons décidé de créer une forme légère (presque volatile!) que nous jouerons en résonance avec Les Orphelines.
Ce petit spectacle, uniquement vêtu de musique et de lumière, met en avant la narration de ce conte fantastique pour grandes personnes. Un conte triste, cruel, grinçant et drôle d'où s'exhale un parfum suranné, de roses coupées qui tombent en poussière dès qu'on les touche.
Un conte où les enfants font semblant de grandir mais ne grandissent jamais, dans le grand château fantôme de Violaine.
Par la présence sur scène d'un musicien aux multiples instruments (aux multiples mains, aux multiples oreilles!), une scénographie sonore se met en place et dessine le dédale aux recoins surprenants, de l'esprit de Mademoiselle.
Comment savoir si elle s'adresse à des petites filles de chair et de sang, à des ombres ou des diables? Aux âmes errantes des petites filles mortes du monde entier ou aux fruits de son imagination?
Qui sait?