Les 4 jumelles

de Copi

Disponible pour ce spectacle :
  • Document sonore
    • Medley par Antonin Clair

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Création : 2004 Théâtre des Treize Vents CDN de Montpellier

Production : Cie Tire pas la Nappe - Théâtre des Treize Vents CDN de Montpellier

Mise en scène : Cécile Auxire-Marmouget

Scénographie : Gabriel Burnod

Costumes : Cara Benassayag

Lumières : Eric Rossi

Son : Antonin Clair

Chorégraphie : Joëlle Augrain-Dumas

Chargée de production : Sylvine Dupré

Avec Marion Aubert

Capucine Ducastelle

Frédérique Dufour

Marion Guerrero

Né en 1939 à Buenos Aires, Copi, de son vrai nom Raul Taborda Damonte, arrive à Paris en 1962 ; à partir de 1964, il met en scène dans le Nouvel Observateur la célèbre Femme assise dont le dialogue troué de silences avec un poulet, un escargot ou ce rat qui deviendra l'animal emblématique de toute son œuvre inaugure un théâtre minimal : à travers le dessin humoristique, Copi s'affirme d'emblée comme dramaturge.

Après Sainte Geneviève dans sa baignoire, sketch qu'il interprète lui-même au Centre américain, sa première pièce, La Journée d'une rêveuse (1967), mise en scène par Lavelli, a pu évoquer, par sa liberté d'invention et sa fantaisie verbale, le "théâtre de l'absurde" des années 50 ; c'est avec Eva Peron (1969), L'Homosexuel ou la difficulté de s'exprimer (1971), Les Quatre Jumelles (1973), que Copi aborde le thème, récurrent dans toute son œuvre, de la confusion, de l'inversion et de l'échange des sexes. (...)

Cet univers peuplé de travestis mythologiques, hanté par la marginalité et la transgression sous toutes ses formes, n'est pas comme celui de Genet sublimé, sacralisé ou tragifié par la transcendance d'une forme lyrique ou baroque. Metteur en scène du fait divers, Copi puise délibérément dans les stéréotypes des genres considérés comme "mineurs" (feuilleton, roman policier, science-fiction de série B), pour les truquer avec une feinte naïveté, et tirer de leur juxtaposition et de leur accumulation des effets de dérision ; de même, une grande part de son humour naît de la désinvolture avec laquelle il manie une langue minimale, familière, mais légèrement décalée, qu'il traite à la manière d'un idiome étranger, comme s'il n'était, ainsi qu'il l'affirme dans le prologue de La Cité des rats, que l'approximatif traducteur du "langage des rats".

Copi est mort du sida le 14 décembre 1987.

Alain Satgé
Extraits de Une biographie de Copi

 

Les quatre jumelles oscille entre la farce macabre et la folie. Dans ce délire parfaitement maîtrisé, quatre jumelles, deux fois deux sœurs, Joséphine et Fougère, Leïla et Maria, se croisent quelque part en Alaska se droguent, s’insultent, s’entretuent, meurent et ressuscitent inlassablement…

Chère Cécile,

C’était l’hiver dernier. Nous cherchions une pièce pour quatre. Nous étions à Limoges. Alors nous avions le temps de lire... Et puis subitement nous nous sommes dit : Les quatre jumelles. Bon. C’était comme une pulsion. Oui, une espèce d’évidence comme ça. Nous avions envie de cette pièce comme d’un gros steak.
Nous aimons cette pièce parce qu’elle est carnassière. Parce que ces filles sont complètement tarées. Parce qu’elles ne font pas dans la dentelle. Parce que ce sont des meurtrières. Parce qu’elles n’ont plus tous leurs moyens. Parce qu’elles cherchent de l’or en Alaska. C’est bon ça. Puis nous avons toujours voulu devenir bouchères. D’ailleurs cette pièce nous laisse complètement stupéfaites. Alors là nous rions d’avance d’en faire partie. Nous ricanons. Nous rions de mourir comme ça sans cesse. Va savoir. Nous rions parce que nous allons enfin pouvoir nous insulter les unes les autres en toute impunité. C’est bien. Nous avons soif de nous tuer les unes les autres. De nous martyriser. De nous châtier sauvagement. D’être obscènes et puis complètement misérables. Nous rions parce que c’est un joyeux foutoir. Et puis c’est tellement triste. On pourrait difficilement faire pire. Non ce n’est pas très raisonnable de monter ça. Parce qu’elles sont pathétiques. Parce qu’il n’y en a pas une pour relever l’autre.
Parce qu’elles n’en finiront jamais de vivre et de mourir comme ça. Et puis c’est un goûter d’anniversaire. Elles s’amusent bien. Bon. Nous aimons bien cette pièce.

Pour la Compagnie Tire pas la Nappe,
Marion Aubert, Capucine Ducastelle, Frédérique Dufour et Marion Guerrero.

 

Chères amies,


J’ai bien reçu vos lettres…Etre adoptée par quatre Jumelles, voilà qui n’est pas banal; quatre jumelles ? Et non des quadruplées . Bon, mais alors deux fois deux paires ? Une de chaque paire ? Voilà qui est intéressant ; quel est le tronc commun ?Leur histoire ?La notre ? Dans les cris de « Les quatre jumelles » j’entends d’autres voix, celles des « quatre autres », la paire manquante…Et puis quatre actrices; ça c’est sûr ; il n’y aura pas d’ambiguïtés, Monsieur Copi ; je vous prends sur ces mots féminins-pluriels et je vous emprunte cette pièce, ce morceau de choix, ce gros steak des quatre actrices.
Cette pièce nous allons la fouiller aux quatre coins à la recherche d’indices, de départs possibles de notre Histoire, oui, il n’y aura pas d’Argentine; nous sommes françaises, Monsieur ! Il n’y aura pas d’Alaska non plus, nos jumelles trimballent leur hiver avec elles et le jettent sur une plage en été, pourquoi pas ? Et là, il y aurait un gradin dressé par les services municipaux de la ville de… Et il y aurait…« Les quatre jumelles »…A la ligne.
J’espère que notre Copi ne sera pas conforme…

Cécile Auxire-Marmouget