Orgie Nuptiale

de Marion Aubert

Disponible pour ce spectacle :

Création : 2003 Festival Oktobre des écritures contemporaines

Production : Cie Tire pas la Nappe - Théâtre des Treize Vents CDN de Montpellier

Mise en scène : Marion Guerrero

Scénographie : Gérard Espinosa

Costumes : Marie Delphin

Lumières : Martine André

Son : Antonin Clair

Régie plateau : Claude Champel

Chargée de production : Sylvine Dupré

Régis Lux

La Vaste

Georges est furieux d’amour pour la Vaste. C’est normal d’ailleurs puisque c’est la Reine des Vastes.
Tout va bien pour Georges et la Vaste.
Ils vivent en dehors du monde. Oui. Quelque part au paradis.
Mais Georges est trop bien sans doute.
Alors, poussé par le vice et la fatalité, Georges part.


Les Gens Croisés dans ma Chute (ou Georges au pays des péchés capitaux).

Georges part en voyage. Il tente alors d’accéder à la connaissance. Mais ce n’est pas un exploit. Georges fermente. Il est complètement déboussolé. Il fait n’importe quoi. Oui. Georges a bien changé. Dans cet épisode, nous verrons Georges au quatrième dessous, tantôt dans une cave peut-être, tantôt dans les entrailles de la terre. Oui. Nous verrons Georges se battre avec des sirènes bossues. Nous verrons Georges lutter contre le vent. Nous verrons Georges la proie de Satan. Non. Nous ne voudrions pas être à sa place.


La Terre Brunie.

Georges se métamorphose en tige (de pissenlit). C’est sa punition sans doute. Mais Georges n’en peut plus de sa condition de tige (de pissenlit). Alors, dans un accès d’amour ou de bonne humeur ou de folie, Georges se met à retrouver La Vaste. A la chanter. Ainsi pourrions nous qualifier cette Orgie Nuptiale de comédie lyrico-burlesque à la gloire de La Vaste et Grosse.

Ce texte est un long poème chaotique, d’une douceur un peu aigre.
C’est la fugue de Georges Trapu vers son point de départ : la Vaste.
Sur un lit d’herbe vallonné, Georges, tout seul sur son île, sur le corps de la seule femme au monde, fait un voyage immobile, un long voyage en rond, sur lui-même, sur la Vaste.
Georges règne tout puissant sur un monde où il semble être le dernier homme.
Il traverse des corps de femmes, comme on traverse des pays avec des bottes de sept lieux. Comme dans un rêve trouble.
Il fuit la Vaste et chaque femme qu’il rencontre est une partie de la Vaste et la Vaste est la terre même qu’il foule.
Il fuit la Vaste et court vers elle.
L’Amour dans le monde de Georges, doit être un Amour arraché, gagné à la sueur du corps, à l’épreuve de la luxure.
Il ne saura qu’il existe que lorsqu’il l’aura perdu.
L’Amour de la Vaste est trop primaire, trop entier, trop dévoué, trop grand puisqu’il envahit tout, puisqu’il est « l’Amour » en soi.
Orgie Nuptiale ou « Comment fuir le bonheur avant qu’il ne te rattrape ».
Après avoir, de son vivant, commis le crime le plus irréparable (quitter la femme éléphante de sa vie et souiller bassement le cadeau qui lui était donné), les Dieux, trop cléments, condamnent Georges à revivre éternellement le désastre de sa vie amoureuse.
Tel un Sysiphe poussant son rocher, il traîne le souvenir de la Vaste comme un poids lourd, et sait déjà, au moment où il revit son périple, le dénouement cruel qu’il se réserve à lui-même.
Georges, terrassant la Vaste, s’était trompé de cible, car la Vaste était la princesse, et non le monstre à abattre !
Pour cette erreur grossière et pour avoir sombré dans la luxure, Georges ne connaîtra plus de repos : tous les soirs, retrouvant la Vaste dans sa mort revécue, il n’aura que le temps de lui poser un baiser sur le front, avant de renaître au matin au cœur de son calvaire.
Petit chef sans sous-fifre, prince sans parenté, despote d’un peuple absent, oublié sur un bout de terre et ne régnant pas même sur lui, Georges paye seul pour l’inconséquence de l’humanité.
Spectateur de sa honte, méfie-toi du jugement dernier…

EXTRAITS
Georges Trapu.
D’abord je ne la vis pas puis je vis d’autres la voir alors je la vis. Se voyant vue, La Vaste m’attaqua. Enorme elle m’asséna son coup du corps et de ce jour il pleut.
Et La Vaste me mit au monde après ma mère elle m’enfanta, je sortis d’elle un peu trop fait mais bon ça va.
Et La Vaste a scandé mon sommeil et mon temps, La Vaste me mit au monde dans son monde et son monde avait très peu d’habitants, nous étions deux. La Vaste et moi.
Et La Vaste m’apprit son monde à deux, les pays, les territoires et j’avais un territoire maintenant, nous nous échangions les territoires La Vaste et moi, puis, notre géographie grandit, je plante des arbres et pour elle je brasse, nerveux de la rejoindre et perchée sur son domaine, La Vaste m’attendait j’étais nu, c’était la bonne saison j’allai, le sexe à l’air sans pantalon c’était bien.
Jusqu’au jour où je partis.
Car La Vaste n’avait su contenir mon orgueil et l’avait gonflé, jusqu’à la lie l’avait gorgé, fourvoyé vers d’autres je partis, La Vaste m’en a voulu je crois. Mais tu ne peux pas me garder j’ai dit car vois-tu La Vaste, tu m’as mis au monde et je pars.
Pourtant, dans le monde de La Vaste je me sentais leste, un affranchi, je défiais et les monts et les castes.
Mais dans le monde de La Vaste où je me sentais libre, à l’abri de ses mamelons, dans ce monde pourtant sans faille, de libre soudain, je me sentis taulard c’est ordinaire.
Je fis un cri d’au revoir enfin, pas perceptible et je partis.
Bon.