Vie dans la petite ville de province

(Phaéton)

1. Mauvaises pensées du charcutier à l'ouverture de la boutique.
LE CHARCUTIER. Elle a l'air tellement seule, la femme du centre ville, avec sa poussette égarée. Je voudrais bien l'aider, moi, la femme du centre ville, avec sa poussette et tous ses achats. Elle a l'air de ne pas savoir s'y prendre. Elle a des tellement petits bras puis son filet à légumes. Je lui donne toujours les meilleurs morceaux, moi, pour son fils. Les plus tendres. Elle a l'air tellement gentille,
avec ses seins, puis son mari sur les routes. "J'aimerais bien savoir ce qu'il fait son mari sur les routes, pour laisser une jolie femme, comme ça, avec sa poussette."
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit le charcutier, puis, il rêve, il oublie de servir une cliente, le sang dégouline, il se tranche un doigt dans la machine à saucisson, le sang coule sur le boudin de la cliente, c'est Noël, elle n'est pas très contente.
LA SOUS-PREFETE. Je ne viendrai plus chez vous!
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit la sous-préfète. La charcutière lève un sourcil.
LA CHARCUTIERE. A quoi penses-tu, mon gros?
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit la charcutière, puis, elle éponge le sang.
LA CHARCUTIERE. A quoi penses-tu? Tu es ailleurs en ce moment!
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit la charcutière, puis, elle éponge le sang sur les boudins blancs de Noël, avec la femme du sous-préfet mécontente, la femme du sous-préfet qui ne reviendra plus.
LA SOUS-PREFETE. C'était un dîner important, voyez, ce n'est pas contre vous, mais je ne peux pas me permettre, j'ai besoin d'un charcutier qui travaille proprement!
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit-elle, avec toutes ses dents qui sourient, avec même une dent en or au fond de la bouche. Il rêve, le charcutier, avec les meilleurs morceaux pour Clymène.
LE CHARCUTIER. Comment s'appelle le petit? Phaéton?! C'est un nom de Dieu, ça!
CLYMENE. Oui!
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit Clymène.
CLYMENE. Il tient ça de mon mari.
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Le charcutier rêve, avec la petite jeune femme.
LE CHARCUTIER. Elle pourrait avoir besoin d'aide, ce doit être dur de monter la poussette dans un manoir, avec tous ces étages, jusqu'où monte-t-il?
LA FEMME DU BOULANGER. Il y a un manoir au centre ville, on n'en voit pas le bout, il va, avec des escaliers, on dit qu'il va très haut!
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Il se prend à rêver de porter tous les paquets de la jeune femme.
LE CHARCUTIER. Si vous avez besoin d'aide, je suis là.
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit le charcutier, mais avec une dame pareille, il ne voudrait pas être indélicat, il faut savoir manœuvrer, avec des dames pareilles, il étoufferait bien la charcutière, avec sa voix trop forte, là, sa voix qui hurle, pour la monnaie, avec les clientes, il l'étoufferait bien avec la machine à jambon, là, tout près, puis la dame tellement gentille, avec son fils, il rêve, le charcutier, avec la machine à trancher.
LE CHARCUTIER. Ma femme, elle a des oignons sur les pieds.
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Il dit ça à Clymène, comme ça, ça lui sort d'un coup.
CLYMENE. Ça me touche droit au cœur ce que vous me dites là!
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit Clymène, puis, elle rit, ils rient tous les deux sur l'étal de la charcuterie, puis, Phaéton fait un caca.
CLYMENE. Oh la la, je crois qu'il a fait un caca!
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit Clymène, avec la mauvaise odeur qui s'exhale de la poussette. Puis, elle rit avec embarras dans la charcuterie, elle file.
CLYMENE. Je file, je file, moi, je file.
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Elle dit.
LE CHARCUTIER. Avec son mari qui n'a jamais l'air content, qui a l'air de ne jamais rien faire pour l'aider. "Votre mari ne fait pas grand chose pour vous soulager!"
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Dit le charcutier puis, il rit, il devient tout rouge tout d'un coup, il s'embrouille dans ses additions avec les andouillettes, il s'embrouille.
LE CHARCUTIER. Allez, je vous les offre!
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Il dit.
CLYMENE. Est-ce que je dois accepter?
UNE PETITE VILLE DE PROVINCE. Pense Clymène, puis, elle est gênée, avec toute la file qui regarde.