Le palais du Soleil

(Phaéton)

PHAETON. Phaéton marche dans le palais avec majesté. Il marche silencieusement, dans le palais vide. Il a peur de lui-même, tout seul, dans ce palais. Il se demande s'il a bien fait. S'il ne ferait pas mieux de tout abandonner. De revenir en arrière. De renoncer, puis, il chasse ses mauvaises pensées. Il marche, engoncé dans son smoking. Il se mire dans toutes les glaces. Il essaie des bijoux. Il se regarde puis il se dit: "Ça ne me va pas du tout. C'est trop chargé. Mon père avait vraiment mauvais goût." Il a peur, dans le grand palais. Il sent comme quelque chose d'inconfortable. Comme une boîte d'épingles dans sa chaussure. Il se déchausse, puis, il trouve une boîte d'épingles dans sa chaussure. Il se demande qui a bien pu la mettre là. Et dans quelle intention. Les jours passent. Il s'assied dans les fauteuils, mais il les trouve inconfortables. Il se regarde dans la glace. Mais il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Il mange une soupe. Elle a un drôle de goût. Il erre, perdu dans le palais, avec tout son héritage. Il erre, dans les grandes pièces vides, avec des miroirs. Il fait des cartons. Il plie les affaires de son père. "Je vais tout balancer!" Pense-t-il.
"Je vais tout mettre sur les trottoirs. Appeler les encombrants. Je vais tout balancer. Il n'y a pas d'objet de valeur." Il regarde les tableaux. "Des vieilles croûtes. Tiens. Je vais brûler les tableaux!" Pense-t-il. "Faire un grand feu de cheminée. Un peu de distraction. C'est amusant. Le feu. Je pourrais jeter mes pelures de mandarines dedans. Mes pelures, et puis, les papiers compromettants. Le testament. Je pourrais jeter le testament de mon père!" Pense-t-il. Il va chercher du bois sec à la remise. Il se regarde dans les glaces plusieurs fois, avec tout ce bois. Il a les mains écorchées. Il froisse le testament. Mais le feu ne prend pas. Il souffle sur les flammes. Il regrette un peu d'être tout seul à contempler ce feu. Il fait bon dans le palais, maintenant. Les heures ont disparu. Les jours ont disparu. Il ne sait même plus quelle année on est. "Je me demande quand vont passer les encombrants." Il voudrait regarder la date sur le calendrier, mais les pages ont été arrachées. "Je devrais repartir!" Songe-t-il, mais dehors, il fait noir. Grand noir. "Ça donne envie de rester chez soi." Les jours passent. Phaéton transpire. Il ouvre la fenêtre, mais dehors, il n'y a plus de paysage du tout. Il y a juste des taches, dehors. Du brouillard. Des bouts. On voit juste le bout du monde par la fenêtre. "Ces flammes. Toujours ces flammes." Phaéton monte au grenier. Il marche doucement, dans l'escalier. Les marches sont usées. On pourrait chuter. Faire une chute très grave dans l'escalier, puis, il sent comme quelqu'un qui le pousse. "Qui est-là?" Crie Phaéton. "Qui est là? Qui me hante? Je me serais bien enfoncé dans cette nuit, moi. Dans cette nuit noire, avec une capeline." Il sent comme quelqu'un, tout près. "Je vais prendre un bain pour me détendre." Pense-t-il, avec toute la frayeur. "Moi, je ne me laisse pas abattre!" Dit-il, avec la frayeur. "J'ai dû oublier de vivre quelque chose. J'ai dû oublier de vivre quelqu'un. Mais qui?" Il se met nu dans le bain, avec le ventre qui flotte hors de l'eau. "Comme une petite île. Si quelqu'un me trouvait là, avec mon ventre!" Rit-il. "Mais il n'y a pas de raison. Tout le monde m'a oublié depuis longtemps. Les hommes ne doivent plus tellement exister, maintenant. Ça se trouve. Les hommes n'existent peut-être même plus."