Des petites filles gelées

(Parfois, lorsque les garçons arrivent, le temps s'arrête)

MADEMOISELLE. Aujourd’hui, toutes les petites filles sont malades. Affaiblies. Je suis obligée de les veiller toutes. Mon travail n’avance pas. La petite Sonia a une grosse fièvre. Elle me parle dans son délire. Elle me dit :
LA PETITE SONIA. Viens.
MADEMOISELLE. Je sens que la petite Sonia va mourir. Je tiens dans ma main sa main toute petite. Elle me dit :
LA PETITE SONIA. Lorsque j’étais enfant, dans mon pays, les petites filles n’avaient pas le droit de vivre. Alors, Violaine est venue me prendre. On a marché dans les montagnes. On a marché jusqu’ici. Maintenant, j’ai des rêves. Je voudrais bien avoir des rêves drôles mais ça ne me vient pas. J’ai des rêves tellement mélancoliques. Est-ce que tu aurais une allumette ?
MADEMOISELLE. Elle me dit :
LA PETITE SONIA. J’aimerais craquer une petite allumette et te conter l’histoire de ma vie. C’est une petite histoire sur la mort. La mort, elle vient nous enlever les gens qu’on aime. Elle vient nous les prendre. Ça n’est pas pour nous faire du mal mais ça nous en fait quand même. Ça nous en fait lorsque c’est bien trop tôt. Moi, la mort m’est arrivée bien trop tôt. Je n’ai pas eu le temps de m’amuser. J’aurais bien voulu te connaître. Tu as l’air agréable. Sinon, j’aimerais bien toucher la neige. Il faut que tu m’en trouves.