Nathalie Fillion

(Drames, folies et autres histoires / Performance d'écriture)

(...)Repalatin. J’ai crû d’abord qu’ils avaient fait une faute dans le routard. Le Repalatin, en un seul mot, sans s après repas. Et puis quand je l’ai vu écrit hier sur la devanture, j’ai compris que non. Ce n’est pas le routard qui a fait la faute. Mais je n’ai rien dit. Je ne voulais pas faire ma parisienne. Je sais qu’ils sont susceptibles ici, en Septisémie.
Dans le routard ils disent qu’au Repalatin, il y a les pizzas de Christian et le sourire d’Alia. C’est pour ça qu’on y est allé, mon cactus et moi. Mais il faisait si chaud hier rue Adam de Craponne, le soleil frappait si fort sur ma tête de parisienne, pour se venger de je ne sais quoi, que j’ai fondu en route. Mon cactus se désolait d’être trop petit pour pouvoir me faire de l’ombre. Touchant au but, Place Salengro, apercevant enfin le Repalatin, un voile de sable m’a recouvert les yeux. Des mots et des lettres se mirent à voguer en plein jour sous mes paupières : Scrupule, Prise d’eau, Pêcherie, Pleine Lune. J’ai sentie qu’on me transportait dans un endroit sombre et frais. Des grands A pointus dansaient sur les murs. Le plafond touchait presque ma tête. J’ai senti qu’on m’allongeait sur des petites tables collées les unes aux autres. Une fourchette me rentrait dans les côtes. Des boîtes d’œufs peintes étaient collées aux murs, des dessins bariolés, des hommes en fil de fer, une rue s’ouvrait derrière moi en trompe l’œil. Posée sur une étagère, une femme aux seins nus, un verre de rouge à la main, m’invita à une vente aux enchères, Réservée aux enfants me dit-elle. Tu peux acheter tout ce qui te plaît, tout ce qu’il qu’il y a aux murs est à toi si tu lèves le bras.(...)