La Vaste

(Orgie Nuptiale)

D’abord je ne la vis pas puis je vis d’autres la voir alors je la vis. Se voyant vue, La Vaste m’attaqua. Enorme elle m’asséna son coup du corps et de ce jour il pleut.
Et La Vaste me mit au monde après ma mère elle m’enfanta, je sortis d’elle un peu trop fait mais bon ça va.
Et La Vaste a scandé mon sommeil et mon temps, La Vaste me mit au monde dans son monde et son monde avait très peu d’habitants, nous étions deux. La Vaste et moi.
 Et La Vaste m’apprit son monde à deux, les pays, les territoires et j’avais un territoire maintenant, nous nous échangions les territoires La Vaste et moi, puis, notre géographie grandit, je plante des arbres et pour elle je brasse, nerveux de la rejoindre et perchée sur son domaine, La Vaste m’attendait j’étais nu, c’était la bonne saison j’allai, le sexe à l’air sans pantalon c’était bien.
Jusqu’au jour où je partis.
Car La Vaste n’avait su contenir mon orgueil et l’avait gonflé, jusqu’à la lie l’avait gorgé, fourvoyé vers d’autres je partis, La Vaste m’en a voulu je crois. Mais tu ne peux pas me garder j’ai dit car vois-tu La Vaste, tu m’as mis au monde et je pars.
Pourtant, dans le monde de La Vaste je me sentais leste, un affranchi, je défiais et les monts et les castes.
Mais dans le monde de La Vaste où je me sentais libre, à l’abri de ses mamelons, dans ce monde pourtant sans faille, de libre soudain, je me sentis taulard c’est ordinaire.
Je fis un cri d’au revoir enfin, pas perceptible et je partis.
Bon.
Je me mets du coton car toujours ma mère m’a dit le coton c’est mieux ça respire. Laisse respirer.
Ce ne fut pas très long ma mère car aussitôt après vint La Vaste, semblable à ses sœurs d’abord, de prime abord, et de nouveau, je fais le coq, je mets la paillette et le clinquant, ma pacotille car cela ne me coûte pas tant d’efforts, et tout cela s’avéra fort plaisant, je négociai mon visage, son clignement, car de toujours, j’ai maîtrisé mon image et ses tourments puis, La Vaste est venue. Très vite elle a fait les mêmes gestes elle m’a soigné. Très vite La Vaste s’est pliée sans se corrompre à mes désirs elle s’est pliée, puis pour mon bon plaisir elle s’est donnée, livrée, nommée mon esclave et La Vaste était mon esclave et moi le maître malgré mon torse maigre, car elle était forte et se souciait peu de la puissance et La Vaste s’estimait tout juste bonne à mon bon plaisir et moi, le malingre un jour elle a manqué m’étouffer de son troisième sein, car elle en avait tout du long de couleur brune et moi, l’égaré, pris par l’émoi de tant téter, ne sachant pas où de la bouche donner, fiévreux très exalté, tant de bulbes ça m’enivre et pourtant, malgré mon corps malingre et chétif et malgré ses nombreux seins, j’étais un chef et La Vaste ne s’en plaignait pas puisqu’elle avait son compte. Maître je rampais en elle et maître La Vaste dominait, puis maître toujours, La Vaste comprenait je ne m’en doutais pas puisque maître à tout va, maître et maître et maître La Vaste me laissait maîtriser, je l’aimais La Vaste mon esclave et parfois, je braillai contre elle de ma voix de fausset, de putois, je braillai contre elle pour m’entendre brailler, c’est qui le maître, “le maître c’est toi”, je devenais blême et ma douce, La Vaste sanglotait, pleurait de ma colère car elle éclatait tel un éclair et sans fondement, sans attache et dès lors, ses larmes avaient le don d’exacerber ma colère et je hurlai de plus belle et proclamai dans tout Paris, je suis le maître et le maître et tout est désordre! et tout était ordre pourtant, partout tout était ordre, apaisement, partout sauf elle et moi, l’un de l’autre pleurant de s’aimer tant, car j’étais sombre et souillé d’avoir ainsi perdu ma dignité dans les bras de La Vaste, perdu jusqu’à la volonté de régner, car elle était fine elle avait pris ma place et sans acharnement, sans préméditation tenace c’est ça le pire enfin, le plus atroce, alors, je m’accroupe au creux de La Vaste péniblement, j’essuie tes larmes, tes dix seins blancs, je lui priai pardonne-moi, frappe et sectionne, sois cruelle car ta bonté m’ennuie parfois, mais La Vaste était femelle, étaient doux ses fantasmes, étaient frêles, “je suis normale” murmurait-elle, et ses mots tendres coulaient de sa bouche énorme, bandante, et tout en elle hurlait, clamait, protestait pourtant le contraire et ses cuisses gorgées de lait réclamaient le cuir et réclamaient le fouet mais non, madame était modeste et je l’aimais La Vaste et nul ni moi surtout ne s’en doutait, jusqu’au jour où je partis, mon drame, et sans doute était-ce inéluctable car le temps d’aimer me pompait l’air à la fin, si ça continuait, tout finirait par l’urticaire et pourtant, nul amant ne fut plus comblé plus ébloui, car de La Vaste, je fus et suis encore épris mais j’ai dû la quitter, gâcher mes plaisirs en d’autres ainsi va.
J’eus d’abord des plaisirs et plus tard des opinions, car au bout d’un temps faut réfléchir et je pris des airs de vieux, oui les vieux gambergent que pourraient-ils faire enfin, puis vint à moi le plus brillant bobard et le plus triste aussi, vint à moi l’amour il s’offrit. Lorsque je le vis la première fois je ne le vis pas. La Vaste me prit par la ceinture, La Vaste au mouvement défait, cette étrangère au monde et je l’ai suivie, car elle était en dehors et nous fûmes en dehors, dans notre marge, notre parcelle puis tous les jours un peu plus fougueux, car l’un de l’autre bel et bien amoureux c’est d’un conformisme.
Tel était notre amour et puis la gangrène après tout c’est normal, tout allait si bien c’est pas normal.