SF Rendez-vous 1- français

(Rendez-vous, de l'infra-ordinaire à l'extraordinaire, San Franciscan dreams)

3h14 du matin. Je suis dans un état de fébrilité extrême. Complètement jet-laguée. Impossible de trouver le sommeil. J’ouvre dans la nuit ma boîte mail. Quoi ?! Les ASSEDICS ont bloqué mon dossier ??! Je me rendors péniblement. 3h57. Où sommes-nous déjà ?! Ah oui. 802 Lombard Street. Californie. Lombard Street ! La rue la plus sinueuse de la planète !! Cela signifie-t-il quelque chose ? A mon avis, il doit y avoir quelque chose de pas net dans ma vie. Je me rendors péniblement. 4h23. Je suis complètement frigorifiée. Mais pourquoi donc ai-je fui la France ?! La guerre ? Une trahison ? Des poursuites fiscales ? Je suis dans un tel état de nerfs qu’il m’est impossible de me souvenir de ma propre vie. J’ai nécessairement dû trahir quelqu’un. Quelque chose. Mon parti ? Suis-je affiliée à quelque parti ? Aucun souvenir de mon appartenance politique. Peut-être ai-je déconné politiquement ? Volé dans les caisses ? Ai-je trahi mon pays ? Mais sommes-nous toujours alliés avec les Etats-Unis ? En quelle année sommes-nous ? Ah oui. Il y a cette histoire d’Obama avec la Syrie. Un truc vraiment pas clair. Est-ce qu’on a l’air malins, nous, maintenant, au regard de la communauté internationale ? Suis-je censée trouver des informations secrètes ? Ou bien suis-je là pour défendre l’exception culturelle française ? Vu la façon dont ma mâchoire se crispe, je dois nécessairement fuir quelque chose. Quelque chose de désagréable. Ou bien peut-être ai-je pris de la coke et je ne m’en suis pas même rendu compte ? 4h34. Je me réveille brusquement. A mes pieds, une masse informe sous une couverture. Je n’ai aucun souvenir de m’être trimbalée avec mon clebs. D’ailleurs, je n’ai pas eu de chien depuis l’enfance. C’est quoi ce clebs putain ? Je soulève les couvertures. C’est pas du tout un clebs. C’est Sylvine. Mon administratrice. Elle dort par terre pour que je puisse bien me reposer. Dormir tranquille. Etre hyper sereine pour découvrir les dessous cachés de San Francisco. « Qu’est-ce que tu fous là ? » Je dis. « Tu peux pas dormir dans un lit comme tout l’monde ? » Putain. Elle fait chier à dormir par terre.

If you're going to San Francisco
You're gonna meet some gentle people there


Mais oui. Evidemment. Nous sommes là pour le projet Rendez-Vous. Capucine et Marion dorment dans le salon. Peut-être ai-je déjà reçu un mail de ma commanditaire ? Oui ! Deux mails ! Ça, c’est vraiment l’Amérique ! Voyons un peu !

Bienveues!!!! We're so excited you're here! I hope the trip was ok and that you'll get some sleep. See you tomorrow or the next day! A bientot,
Carey


Bon. Pour le some sleep, c’est pas gagné.

i am adding carey to this exchange, as she wanted to make sure you'd arrived safely (i see your arrival time has shifted by an hour or so.. annoying airlines--) Tu parles ! Cinq heures de retard putain !! and for you to connect with her during the next week.
we're excited to see you, and imagine you around the town.

and on that, here's the prompt for tomorrow, monday.
this is a little like an exploration, and maybe too prescriptive. the tone of the next one may be very different. enjoy.


SF RENDEZ-VOUS #1
(this is all near your apartment; do ask for directions to those you think are locals. study them while you listen.)
Go to the park across the street from Saint Peter and Paul Church. Choose a bench and just sit there until you think you should find a focaccia place near you. This place is at a corner of the square and a mother and a daughter run it. if it's closed, come back another day. if it's open, buy one piece of savory focaccia to share that night.

Walk along Columbus until you find city lights bookstore (again, ask the locals). Find a piece of poetry attached on a wall in there, search for it, choose it, write it down a few times.

this is not part of the prompt, but might be pleasant since you're in that part of town this first week>>> grant avenue is a lovely street in north beach. do go into cafe' trieste.

love,
bea


6h45. De nouveau, je me lève. Je pense définitivement. Ne plus me coucher jamais. En finir définitivement avec le sommeil. C’est vrai quoi. Cette histoire de sommeil me rend hargneuse. Ne suis-je pas venue à San Francisco pour trouver la détente ? Des gens doux et gentils ? Où donc est le pétard sur mon lit ?

7h. Dans quel quartier vivons-nous déjà ? North Beach. Je dérive sur internet :

North Beach est l'un des quartiers les plus chauds de la ville, haut-lieu de la prostitution californienne.

Quoi ?!!!

North Beach attira de nombreux émigrés italiens, et, après la Seconde Guerre mondiale, fut une destination populaire parmi les intellectuels de la Beat Generation. Jack Kerouac vécut un temps dans le quartier et fréquenta notamment la librairie voisine City Lights Booksellers & Publishers, un haut-lieu de la pensée progressiste san-franciscaine.

Ah ! Me voilà rassurée ! Mais bien sûr ! Nous sommes ici en quête de pensée progressiste ! De mouvement ! Comment ne pas y avoir songé plus tôt ?! L’Europe va mal. C’est la crise. Jamais le français n’a été aussi pessimiste. N’ai-je pas une sale gueule ce matin ? Les traits tirés ? Comme j’ai hâte d’aller voir a piece of poetry attached on a wall ! Ecrire des poèmes sur les murs ! Quelle belle idée ! Oserais-je, moi, dans la nuit américaine, écrire sur les murs des vers insensés ? Oh ! Je me sens déjà des allures de beatnik. N’ai-je pas les cheveux débraillés, moi aussi, grâce à ma nuit pourrie dans le pire quartier de San Francisco ? Je suis sale. Pas lavée depuis bientôt quarante-huit heures. Ne serais-je pas une réincarnation du vite ! Voyons voir la définition :

« Les beatniks rejetaient les tabous des squares (les personnes rigides qui ne profitent pas de la vie, les bourgeois). Ils rejetaient la société organisée et corrompue et les valeurs traditionnelles. Ils voulaient vivre simplement, à fond. Ils se révoltaient contre le matérialisme, l'hypocrisie, l'uniformité, la superficialité. Ils voulaient créer une société de sentiments simples, sans préjugés. »
Wikipédia.

Tiens, le soleil se lève ! 7h10 du matin. J’ouvre les rideaux. Oh ! Comme la ville est claire !